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Le site de la transformation digitale des entreprises et de l’entreprise mobile par GPOMag
Financer sa transformation digitale
La transformation digitale

Financer sa transformation digitale

La transformation digitale des entreprises est désormais largement amorcée. Ainsi, rares sont les entreprises qui n’ont pas encore compris que le numérique peut être vecteur de compétitivité et de croissance, dans la mesure où elles redessinent leur business model, redéploient leurs ressources et repensent leur relation client. Cependant cette transformation a un coût qui nécessite de se pencher sur l’épineuse question de l’établissement des budgets et la recherche de financements qu’il faudra ensuite allouer judicieusement.

Les chiffres vertigineux annoncés par certains grands groupes pour financer leur stratégie digitale ont de quoi effrayer et donner le tournis : 225 millions d’euros chez Accor, entre 450 et 950 millions d’euros pour AXA, 1 milliard pour E.Leclerc, 450 millions à la SNCF… Mais nous pouvons légitimement nous questionner sur la nécessité de dépenser autant d’argent sur ces projets… Ces millions annoncés ne le seraient-ils pas surtout pour marquer les esprits en interne et rassurer les investisseurs en externe, tout en inquiétant la concurrence ? Faut-il dépenser autant pour se transformer ?

Il est vrai que dans de nombreuses entreprises, le manque de gouvernance et de vision du top management au niveau central sur ce sujet s’est souvent traduit par des initiatives digitales décousues au sein de chaque business unit et au final, fort coûteuses. Une chose est néanmoins sûre,  près de 90 % des entreprises disposent d’une capacité budgétaire « adaptée » ou « élevée » pour leur transformation digitale (étude IFS publiée en juin 2017). Cela démontre une forte volonté d’investir et de faire évoluer l’entreprise pour rester compétitive et en croissance. D’autant que plus de la moitié (52 %) des cadres dirigeants reconnaissent que la transformation digitale pourrait changer la structure actuelle de leur entreprise d’ici 2021 (Fujitsu, 2016). « Alors que 98 % d’entre eux  admettent que leur entreprise a déjà été impactée par la transformation digitale et continuera à l’être, 92 % pensent que celle-ci doit évoluer afin de faire face aux évolutions du monde digital », précise Benjamin Revcolevschi, Directeur Général de Fujitsu France. Par ailleurs, 75 % estiment que leur entreprise changera fondamentalement dans les cinq années à venir ».

Bâtir un plan de financement

Financer une transformation digitale n’est cependant pas si simple, dans la mesure où le retour sur investissement est difficilement quantifiable et que le budget ne saurait être alloué qu’à un seul département. La transformation digitale doit en effet être pensée centralement en tenant compte des différentes spécificités et maturités des filiales françaises et étrangères de l’entreprise. Il faut également éviter l’écueil de la multiplication des initiatives locales qui peuvent s’avérer coûteuses sur le long terme et générer peu de retour sur investissement. La démarche la plus vertueuse consiste d’ailleurs plutôt à favoriser l’émergence de solutions transversales mutualisées qui pourraient conduire à une meilleure maîtrise des coûts et des synergies en termes de process, de compétences et de données.

Par ailleurs, il est important de bien envisager la transformation digitale comme un investissement sur l’avenir avec des enjeux à court, moyen et long terme. Parmi ces investissements, il convient de prendre en compte le volet RH (dépenses de formation, de recrutements, de nouvelles expertises, de conduite du changement…), les coûts liés aux nouvelles technologies, à la communication, parfois même à la croissance externe (rachat de start-up ou d’actifs immatériels…) ou encore aux prestations de conseil.

À qui imputer le budget de la transformation ?

Plusieurs solutions s’offrent ensuite aux entreprises pour ventiler le budget lié au projet de transformation digitale. Elles peuvent intégrer les investissements liés à la transition digitale dans leur budget IT, dans le compte du Chief Digital Officer ou dans les directions métiers. Le financement peut également se répartir entre ces différentes entités. Avec la transition digitale, de nombreux projets se développent à tâtons et on ne sait pas toujours si le retour sur investissement sera suffisant. « Il peut alors être intéressant d’avoir recours à un Proof of Concept (POC) pour voir si la solution envisagée peut fonctionner et combien elle va coûter, indique Benjamin Revcolevski. Le financement des POC peut être aligné sur le bénéfice espéré ou sur les coûts prévisionnels ».

Quelles sources de financement ?

Une fois ce plan bâti, il reste pour les entreprises à trouver les sources de ce financement. Si certaines, à l’instar de Matooma, préfèrent auto-financer ce projet et puiser dans leur trésorerie, la plupart vont étudier les différentes solutions qui s’offrent à elles, des subventions aux crédits, en passant par la location.

Les subventions

« Différents outils sont proposés par le gouvernement ou l’Europe pour aider les entreprises dans leurs projets digitaux, précise Aurélie Rocamora, Responsable innovations et transformation digitale d’Everial. C’est notamment le cas du Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE), ou du Crédit Impôt Recherche (CIR) ».

Le CICE a pour objet de financer les dépenses d’investissement, de recherche, d’innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique ou énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement. Actuellement, son taux est de 7 % des rémunérations versées depuis le 1er janvier 2017. L’assiette de ce crédit d’impôt est constituée par les rémunérations brutes soumises aux cotisations sociales, versées au cours d’une année civile, sur la base de la durée légale du travail. Reste néanmoins à savoir comment le gouvernement Macron entend faire évoluer ce dispositif dans les mois et les années à venir.

La version actuelle du CIR intègre pour sa part 30 % des dépenses de R&D lorsque celles-ci sont inférieures ou égales à 100 millions d’euros, et 5 % au-delà. Créé pour stimuler la croissance économique via un soutien de la recherche et du développement (et donc de l’innovation), le CIR peut être décliné en de multiples sous-objectifs, avec des impacts structurants variés : développer les dépenses de R&D des entreprises, conforter les filières d’avenir en France, renforcer l’attractivité internationale de la France pour les activités de R&D, favoriser la R&D dans toutes les catégories d’entreprises (PME, ETI, grandes entreprises), accroître les collaborations public/privé ou encore développer l’emploi des chercheurs en France.

Afin d’aider les entreprises qui se lancent dans une stratégie d’amélioration de leur performance grâce aux usages numériques, l’Union européenne et les Régions ont également mis en place un Chèque Transformation Numérique. Financé par le Fonds européen de développement régional (Feder), il vise à soutenir le déploiement d’une stratégie et d’outils numériques dans l’entreprise, l’achat de logiciels, la formation aux nouveaux usages ou le développement d’un site e-commerce en lien avec les logiciels métiers ou de gestion. Le montant du chèque dépend des prestations. Par exemple sur le volet conseil, si la prestation est inférieure ou égale à 5 jours, la subvention représente 80 % du montant HT de la prestation, avec un plafond d’aide maximale de 3 800 €.
Si la prestation est supérieure à 5 jours, la subvention représentant 50 % du montant HT de la prestation avec un plafond d’aide maximale de 30 000 €. Sur le volet investissement, la  subvention est de 30 % de l’investissement HT avec un plafond d’aide maximale de 15 000 € (www.aides-entreprises.fr).

Le budget formation

Au-delà de ces subventions, les entreprises ont également la possibilité d’être accompagnées pour le volet « formation » de la transformation digitale. La principale prise en charge reste celle qui relève de l’Organisme Paritaire Collecteur Agréé (OPCA) pour laquelle les entreprises cotisent. Il est également possible de mobiliser des ressources complémentaires auprès d’autres sources de financement telles que les organismes comme le Fond National de l’Emploi (FNE), le Fond Social Européen (FSE)…

Leasing et SaaS

Pour investir dans les équipements informatiques, de plus en plus d’entreprises ont par ailleurs recours à la location plutôt qu’aux crédits traditionnels. Le matériel est mis à leur disposition pour quelques années sans qu’elles soient obligées de payer le prix total de la machine. Cette solution facilite le renouvellement technologique régulier à un coût réduit. Elle apporte beaucoup plus de flexibilité que l’achat et rend plus facile la refacturation sur différents métiers et business units. Selon les problématiques techniques et budgétaires des entreprises, les organismes financiers proposent différentes solutions telles que le crédit-bail, la location financière, la location évolutive…

Parallèlement, les entreprises peuvent également faire le choix du SaaS (Software as a Service) plutôt que de l’acquisition de leurs logiciels. L’abonnement à un logiciel en mode SaaS représente un coût plus faible qu’un achat de licence traditionnel. Cet abonnement couvre en effet différents services : l’utilisation du logiciel, mais aussi sa maintenance, la gestion des sauvegardes, l’infrastructure IT complète (serveurs et systèmes d’exploitation bases de données). Le coût d’utilisation passe alors en budget de fonctionnement et non en investissement.

Le ROI se mesure à la fréquence des interactions clients

Quel que soit le mode de financement du projet de transformation digitale, le retour sur investissement est difficilement quantifiable. Certes, sur certains projets tels que ceux liés à la dématérialisation des factures, les entreprises parviennent à l’estimer. « Certains de nos clients obtiennent un ROI très rapide, entre 3 et 6 mois », témoigne ainsi Dominique Bougnot, Directeur de Ventya France. Cependant, globalement « Il n’y a pas de ROI dans la transformation digitale, c’est une question de management avant tout », affirmait ainsi Gilles Babinet, multi-entrepreneur et digital champion auprès de la Commission Européenne, au cours de l’ITES 2016. Une digitalisation réussie passe par un changement de culture, pour s’approcher de celle des géants du web, surnommés les GAFA (Google – Apple – Facebook – Amazon) : la hiérarchie attire moins que les projets et les équipes qui les portent. Ensuite, une entreprise qui a réussi sa révolution digitale peut mesurer sa performance à la fréquence de ses interactions avec ses clients. Certains concessionnaires automobiles ont un contact tous les 18 mois avec leurs clients. Le  » touchpoint  » de Facebook au contraire, est de 6 à 7 fois par jour ».


Témoignage : Trois questions à Thierry Bergey, directeur général de Matooma
Thierry Bergey, directeur général de Matooma
Pouvez-vous nous présenter Matooma ?
> Matooma est une jeune PME qui commercialise des cartes SIM permettant aux machines de communiquer entre elles. À ce titre, la société intervient en qualité d’opérateur de services. Elle assure la connectivité entre les machines et propose une plate-forme de gestion pour activer et piloter ses cartes SIM. Créée il y a cinq ans, elle compte aujourd’hui 35 salariés et devrait réaliser en 2017 un chiffre d’affaires de 8 millions d’euros, soit un chiffre d’affaires multiplié par 10 en 5 ans.

Quelle est votre philosophie en matière de transformation digitale ?
> Chez Matooma nous préférons parler d’évolution digitale plutôt que de transformation digitale. Tout l’enjeu de notre démarche consiste à améliorer la satisfaction de nos clients en les rendant plus autonomes et ce, en maîtrisant les coûts inhérents à nos projets digitaux. À cet effet, nous investissons en permanence dans les nouvelles technologies. Par exemple, pour accompagner le développement de notre activité commerciale, nous privilégions notre couverture commerciale par la mise en place de technologies innovantes. De même, pour renforcer notre service client, nous travaillons sur la mise en place des outils digitaux afin de faciliter la réactivité.

Comment financez-vous votre transformation digitale ?
> Un projet d’évolution digitale n’a d’intérêt que s’il participe à la baisse des coûts et/ou au développement du chiffre d’affaires. Nous partons en effet du principe que le succès d’une telle démarche suppose que l’entreprise maîtrise bien son business model, ce qui permet in fine de générer de la marge et de disposer d’une bonne trésorerie. Chez Matooma, nous avons fait le choix de puiser dans notre trésorerie pour financer nous-mêmes notre transformation digitale. Chaque année nous lui consacrons ainsi entre 5 et 10 % de notre chiffre d’affaires. Nous ne faisons donc appel ni à des fonds d’investissements, ni à des prêts, ni à des subventions pour financer celle-ci.


Budget digitalisation à la hausse 

Le pourcentage du budget moyen des DSI alloué à la transformation digitale à travers le monde était de 18 % en 2017 et devrait passer à 28 % en 2018.

Source : 2017 Gartner CIO Agenda Survey

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Anne Del Pozo collabore depuis près de 20 ans à différents magazines en qualité de journaliste. Elle y traite de sujets articulés essentiellement autour de la finance, des flottes automobiles, du voyage et du tourisme d'affaires ou encore des ressources humaines et du numérique. Anne del Pozo participe également à la rédaction de nombreux témoignages clients et de newsletters d'entreprise.